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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 12:31

Vous avez déjà certainement remarqué que lorsque deux motards se croisent sur la route, ils se font un petit signe de la main. Cela n’a pas manqué de faire rire certains de mes amis étrangers, mais je dois bien dire que pour une fois, je me suis fait le défenseur de cette tradition.

 

Evidemment, l’on peut être surpris de la démarche, surtout dans les pays asiatiques où les scooters sont si nombreux qu’ils en provoquent des bouchons. Et pas des petits. Alors forcément, s’imaginer cette masse de deux roues se croiser et se faire un signe, ça peut faire sourire. Cela peut faire d’autant plus rire que dans ces pays, par expérience, j’ai pu remarquer qu’on est loin de la camaraderie entre conducteurs de deux roues, mais que l’on est plutôt dans une forme de compétition, réglée par la loi du plus fort. Saluez quelqu’un, il vous arrachera le bras, sans le faire exprès puisqu’il ne vous avait même pas vu.

 

Il est bien évident que si tous les automobilistes français se saluaient quand il s se croisaient, ils n’auraient plus beaucoup les mains sur le volant. En clair, la démarche n’a de sens que si les usagers de ce mode de transport ne sont pas trop nombreux. En tant que motard (je l’avoue, cet article peut manquer d’objectivité), il me semble avoir remarqué une certaine augmentation de ce mode de locomotion, et une diminution proportionnelle de cette tradition fraternelle.

 

Car finalement, quel est le sens de ce salut des motards. Après tout, ils ne se connaissent pas, ne se sont jamais rencontrés et ne se reverront sans doute jamais. Et de toute façon, ils ne se reconnaitraient pas, cachés sous leur casque qu’ils sont. Sans compter que quand il fait froid, certains portent même leur fameuse cagoule en soie, rendue célèbre par d’autres usagers, mais des banques. Ces motards sont de parfaits inconnus les uns pour les autres, mais ils se saluent. Un petit geste qui ne coute rien mais qui apporte tant.

 

Alors oui, il me semble que cette pratique garde de grandes vertus. La personne que vous saluez pourrait être le pire des connards, un type que vous ne pourriez pas apprécier comme il y en a tant, vous le saluez. Vous faites ainsi partie de la même communauté, la communauté des motards. Vous partagez quelque chose ensemble : la moto, et surtout, la route. Vous êtes ensemble sur la route, dans la même communauté, et vous êtes camarades, voire même amis, prêts à vous entraider. Car après cela en effet, si un motard a un problème sur la route, il peut compter sur toute la communauté des motards pour l’aider.

 

Derrière un simple signe se cache donc un symbole, un état d’esprit. Ce signe qui s’impose au motard lorsqu’il débute sa conduite engendre en lui l’esprit de la communauté. Il le lui impose. Le motard, derrière ce nom barbare devient un individu qui pense aux autres, les siens, sa communauté. Dans une société où les repères se perdent parfois, la communauté des motards subsiste.  Et les motards sont des usagers de la route qui coopèrent, qui conduisent ensemble et non les uns contre les autres.

 

Parce qu’en matière de bonne attitude sur la route, il faut bien dire que les automobilistes ne sont pas des modèles. Ils ont beau critiquer le comportement des motards, souvent imprévisibles, rapides et qui se faufilent partout, ils sont bien les premiers à ne faire attention à rien et à renverser le premier cycliste qui passe par là. Une main sur le volant, voire aucune, l’autre sur le téléphone portable ou sur le sandwich, l’automobiliste se croit tout permis, en sécurité dans sa boite métallique (ou en plastique). Stressé, il est le premier à crier sur celui qui le précède et à enfreindre la moindre règle de sécurité (dépassement sur la ligne blanche, distance de sécurité, etc.). Les automobilistes ne coopèrent pas, ils luttent pour s’imposer, et les motards, comme les autres, ils les considèrent comme des ennemis.

 

Alors, dans ce contexte de guerre, quoi de plus agréable que de se faire saluer par son prochain, de ne pas se sentir agresser par l’autre et de partager quelque chose ensemble. Le motard salue, mais il sait aussi remercier les automobilistes sympathiques qui les ont vus arriver dans leur rétroviseur et qui les laissent passer. Lorsqu'en effet vous voyez un motard lever la jambe devant vous, il n'est pas en train de se détendre la jambe à cause d'une crampe (quoique...), ni même en train d'essayer de pousser votre voiture avec 1 minute de retard, non, il vous remercie d'avoir gentiment accepté de le laisser passer devant vous (plus petit, le motard apprécie de pouvoir se faufiler entre les voitures pour gagner du temps). Voilà une attitude courtoise qui mériterait d’être imitée.

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Un peu de fraternité dans ce monde de brutes.


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commentaires

Dominique 24/03/2014 11:38

Le début de ton article m'a bien fait sourire :-) J'avoue qu'à l'étranger je ne le fais pas, mais en France c'est une des premières choses qui m'a marqué lorsque j'ai commencé la moto. Outre la
conduite en elle-même, cette "fraternité" entre les motards est unique et donne envie de continuer, de faire partie du cercle.