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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 13:16

Exemple de commentaire de texte : la construction des thèses et des arguments sur un texte d'Anna Gavalda, Ensemble c'est tout.

Cet article va vous montrer comment l'on peut dégager le sens profond d'un texte en apparence simple.


 12

-          Qu’est-ce qu’on entend ?

-          T’inquiète, c’est le grand Duduche…

-          Mais qu’est-ce qu’il fout ? On dirait qu’il inonde la cuisine…

-          Laisse tomber, on s’en tape… Viens plutôt par là toi…

-          Non, laisse-moi.

-          Allez, viens quoi… Viens… Pourquoi t’enlèves pas ton tee-shirt ?

-          J’ai froid.

-          Viens, je te dis.

-          Il est bizarre, non ?

-          Complètement givré… Tu l’aurais vu partir tout à l’heure, avec sa canne et son chapeau de clown… J’ai cru qu’il allait à un bal costumé…

-          Il allait où ?

-          Voir une fille, je crois…

-          Une fille !

-          Ouais, je crois, j’en sais rien… On s’en fout… Allez, retourne-toi merde…

-          Laisse-moi.

-          Hé, Aurélie, tu fais chier à la fin…

-          Aurélia, pas Aurélie.

-          Aurélia, Aurélie, c’est pareil. Bon… Et tes chaussettes, tu vas les garder toute la nuit aussi ?

 

Anna Gavalda, Ensemble, c’est tout, 2004

 





On peut insister sur l’idée de deux visions extrêmes de l’amour qui s’opposent (celle des hommes), et celle d'une femme qui recherche une forme d'amour plus modérée, intermédiaire à celle des hommes présentés dans ce texte.

Il faut parler de ce que recherchent les personnages.

 

1-     Un harcèlement dans un couple :

a-     Une situation de dialogue intime : deux personnes qui parlent de l’amour (discours direct, marques de dialogue, pronoms personnels. Temps : "Et tes chaussettes, tu vas les garder toute la nuit aussi ?" "vas garder" : futur proche, juste avant la "nuit", c'est donc l'heure de se coucher, le soir, et le lieu : la maison, voire même vraisemblablement de la chambre. Il s’agit d’un couple. Focalisation externe : aucune marque de la pensée des personnages, juste du dialogue).

b-     Un harcèlement continuel. D'abord les verbes à l'impératif, et les répétitions témoignent de ce harcèlement. Il y a une insistance dans les questions et les injonctions. L'impatience que manifeste l'homme peut également être considérée comme une pression supplémentaire sur Aurélia. Cette impatience est révélée d'abord par la ponctuation (les points de suspension, 13 au total, présents dans toutes les répliques de l'homme sauf une), ils témoignent d'une lassitude. Elle est ensuite révélée par les expressions de ras-le-bol du garçon: "on s'en tape", "on s'en fout", "tu fais chier", qui sont autant de pressions psychologiques pour qu'Aurélia fasse ce qu'il désire.

c-     Un rapport d’inégalité : un garçon avec un discours injonctif, une fille qui résiste et qui continue inlassablement à poser elle aussi des questions. Domination de l’homme : c’est lui qui a le dernier mot, c’est lui qui donne les ordres, il est sur un mode d’action alors qu’elle ne cherche qu’à se défendre et détourne le sujet.

 

2-     Une affirmation masculine de l’amour physique

a-     Une vision brute de l’amour : Un vocabulaire et des expressions crues, familières et très directes, un discours injonctif et assez précis.

b-     Une dépersonnalisation de l’amour : ne connaît pas son nom, affirme même que c’est pareil. Il dit que le grand Duduche a un rendez-vous avec une fille, le nom et la personnalité de la fille ne semblent pas compter, ce qui est important c'est que c'est une fille. La femme est considérée comme un objet. Par ailleurs, il donne des ordres, comme si la femme devait se conformer à ses désirs.

c-     Un rejet du romantisme : vocabulaire connoté négativement : givré, clown, bal costumé…, et négation même de cette vision (lorsqu'il parle d'"une fille") : Selon lui, le grand Duduche en fait trop pour séduire une fille, au point d’en être ridicule à leurs yeux. D'ailleurs, le surnom du personnage porte lui-même au ridicule : "le grand Duduche".

 

3-     Une aspiration féminine à autre chose

a-     Une résistance (défend son nom, refuse d’entrer dans le jeu de l’homme) elle refuse la vision de l’amour de l’homme. Entre dans une forme de résistance. Les verbes à l’impératif sont un refus de faire quelque chose, alors que ceux de l’homme lui demandent de faire quelque chose. Ensuite, lorsque l'homme lui demande de faire quelque chose, elle adopte différentes stratégies pour résister : elle se justifie d'une réponse négative implicite: "j'ai froid", elle évite de répondre en détournant le sujet : "il est bizarre, non?", et elle répond explicitement et de façon négative : "laisse-moi" (à deux reprises, au début et à la fin).

b-     Un regard tourné vers l’extérieur : elle s’intéresse à autre chose. Le fait que son regard soit tourné vers l’extérieur manifeste son aspiration à autre chose, à plus de romantisme. On peut noter ici qu’elle n’appuie pas la critique de l’autre gars lorsque l’autre homme le critique. Lorsqu’elle critique, elle n’est pas sûre, elle attend la confirmation de l’autre : "il est bizarre, non?" (la critique est formulée par une question). En fait, elle ne fait que critiquer l’exagération : il inonde la cuisine. Et ce n’est qu’après qu’elle découvre que cela est une attitude romantique, lorsqu’elle apprend qu’il va voir une fille.

c-     Une vision modérée de l'amour. Attirance/rejet des visions masculines de l’amour : des extrêmes en décalage avec la vision féminine. Elle est avec un mais le refuse, elle se moque de l’autre, mais garde toute son attention dans sa direction.









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commentaires

info 30/03/2015 14:41

C'est la même structure que l'on utilise en philosophie, on décortique la question, on oppose les concepts et on en fait un synthèse... Votre billet est très bien écrit, merci! :)