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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 15:17

 

La France est encore pour beaucoup aujourd'hui le pays du luxe. Ce luxe se manifeste entre autre par un certain nombre de produits qualifiés précisément "de luxe", où l'on retrouve entre autre les sacs à main, les portefeuilles en cuir, mais aussi les parfums, dont les boutiques ne désemplissent pas de touristes.

 

 

Ainsi l'autre jour, une de mes apprenantes est venue me trouver pour me demander pourquoi les grandes marques de luxe qui vendent des parfums vendent aussi des "eaux de toilette". Elle me fait remarquer qu'il est en effet curieux d'associer son nom à un désodorisant pour toilettes lorsque l'on veut représenter le luxe ! Même si après-tout, il est vrai que tout cela n'est qu'une question d'odeurs...

 

Bien entendu, il a fallu remettre les choses à leur place. "Les toilettes", comprises comme les WC, n'ont finalement qu'un rapport éloigné avec "la toilette", où il s'agit de se faire beau/belle. "Les toilettes" est un lieu alors que "la toilette" est une action. "L'eau de toilette" n'est finalement qu'une sorte de parfum. On en met pour sentir bon, après sa toilette, et normalement pas pour remplacer la bouteille de désodorisant des toilettes qui vient d'être terminée.

A ce sujet, on distingue aussi en français le "déodorant" et le "désodorisant". Les deux mots existent mais ne désignent pas exactement la même chose. Le "désodorisant" a pour but de masquer ou de supprimer les mauvaises odeurs en général. On utilisera ce mot pour les toilettes (le lieu) par exemple. Il est très étrange de dire que l'on s'est mis du désodorisant sur soi! On utilisera plutôt un "déodorant" pour désigner le produit qui masque les odeurs corporelles.

 

Mais alors, me demande cette apprenante : "quelle différence entre un parfum et une eau de toilette?". La réponse est d'ordre de la constitution du produit : le parfum est plus concentré que l'eau de toilette. L'"odeur" qu'il diffuse tient plus longtemps. Cela explique aussi que son prix soit plus élevé.

Car en ce qui concerne l'utilisation, cette fois-ci elle peut être la même.

 

 

  

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 Lire aussi :

La douche

Le romantisme des Français

Promenade sur les trottoirs

 


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23 août 2009 7 23 /08 /août /2009 14:49

Il n’y a pas si longtemps que cela, en France et dans le monde, le temps n’avait aucune valeur. Ce qui comptait, c’était la valeur intrinsèque des choses. C’est ainsi que des rois ou de grands chefs ordonnaient de longs travaux à des populations entières pour un résultat, certes, imposant, mais qui néanmoins n’avait pas la valeur du travail de fabrication. Les Egyptiens réunissaient des populations entières pour construire leurs pyramides, pour l'exemple le plus connu. Mais pensez également aux chefs Moghols qui occupaient des villages entiers pendant des mois pour fabriquer des côtes de mailles pour leurs éléphants! Il fallait les assembler maille par maille à la main pour des centaines d'éléphants! Les exemples sont très nombreux dans l'histoire!

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Tout ceci serait certes impensable de nos jours. Imaginez la différence! De nos jours, chacun compte le temps qu'il passe à travailler, et à la minute près! Il n'y a guère que les dirigeants qui ne le comptent pas directement et qui déplorent cela chez leurs ouvriers (et pour cause). Mais comme il s’agit de leur entreprise, ils sont les premiers bénéficiaires du temps investi. Certes…


Le temps, c'est de l'argent. (expression d'origine anglaise prenant sa source au 18ème siècle)

Et l'importance que prend le temps dans notre société ne va qu'en grandissant, ou plutôt, celle du temps de repos, en opposition au temps de travail. Prenons un autre exemple. Il y a cinquante ans, lorsque les Français faisaient les vendanges, ils n’hésitaient pas une seconde à dépasser l’heure de fin de travail. Ils étaient là pour gagner de l’argent, certes, mais aussi pour bien faire leur travail. Aussi, il ne leur paraissait pas absurde de finir le travail commencé, quitte à ce que cela dure trente minutes de plus. Aujourd’hui, vous ne trouverez  que peu de gens aussi compréhensifs. Une minute est une minute, et il faut la payer, quitte à laisser un chantier inachevé et de devoir y revenir pour cinq minutes de travail. Et même si finalement, ils devaient concéder à faire cinq minutes de travail de plus, ce ne serait qu’après dix minutes d’âpres négociations (sur le temps de travail, bien entendu).


 

Et cela engendre des situations parfois cocasses, et désagréables pour ceux qui en sont victimes. Nos regards se tournent évidemment vers l'administration, mais ils ne sont pas les seuls, même s'ils en restent les principaux acteurs...
J’ai moi-même expérimenté une situation assez récemment. Je devais me procurer des papiers auprès de l’administration. L’on m’a appelé un conseiller, et très vite, j’ai pu me rendre compte que cette personne était impatiente de finir son travail. Elle a commencé par me faire remarquer que la sonnette de son téléphone portable était très originale (et que donc je la dérangeais certainement pour son coup de fil très important). Lorsque je lui ai décris mon problème, elle m’a gentiment fait remarqué que le bureau fermait quarante-cinq minutes plus tard et qu’il fallait donc faire vite (il était 15H45). En effet, m’a dit cette personne, nous les fonctionnaires, nous avons une vie après le travail… Finalement, dix minutes plus tard, elle a refusé de me donner les papiers que je voulais, et j’ai dû y retourner le lendemain pour demander avec les mêmes justificatifs la même chose, ce qui m’a été accordé en moins de cinq minutes… La situation est absolument caricaturale, mais n'en reste pas moins vécue. Je suis d'ailleurs certain de ne pas être le seul à avoir vécu une telle scène de nos jours.

 



Ainsi, le temps est devenu une valeur essentielle dans la société française. En tout cas, le temps de repos. Les Français comptent leur temps plus que quiconque. Il paraitrait toutefois qu’ils sont parmi les plus efficaces du monde. Cela a été prouvé…


N'hésitez pas à réagir à cet article et à nous faire part de vos expériences personnelles !








 Lire aussi :
Les Français et le voyage
Le romantisme des Français
La douche




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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 07:46




 Do you speak english ?

Avant même d’apprendre une langue, il y a toujours quelques expressions que l’on en connait, sans toujours savoir ce que cela signifie. Ainsi, tout le monde se souvient de l’époque où il répétait sans cesse l’expression anglaise : « Do you speak english ? » avant même d’avoir appris la moindre structure grammaticale. Et c’est bien sûr un ami qui vous aura dit un jour le sens, alors même que vous veniez de lui répéter trois fois de suites ce qui s’apparentait à une formule magique.

Souvenez-vous également dans le film Les Aventuriers de l’Arche perdue (Raiders of the Lost Ark, Steven Spielberg, 1981), cette expression est reprise par un jeune Egyptien lorsque Indiana Jones arrive dans sa chambre d’hôtel en Egypte. Indiana Jones, tout content d’entendre de l’anglais, répond à l’enfant mais s’aperçoit rapidement, lorsque celui-ci continue à répéter sans cesse la phrase, qu’il ne comprend pas ce qu’il dit. L’enfant est fier de dire la seule chose qu’il connait en anglais, alors même qu’il n’en connait pas le sens, et en comprend encore moins la réponse.

 

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 C’est la vie.

 

Qu’en est-il du français ? Et bien, on retrouve essentiellement deux expressions dans la bouche des non-francophones qui donnent particulièrement bien le ton. En effet, le français est une langue romantique, aussi les premières expressions qui le caractérisent se doivent de porter cette teinte de couleur.

On retrouve d’abord l’expression « c’est la vie ». Il est certain que nous pourrions y voir un certain fatalisme, une résignation. Réagir en disant « c’est la vie » face aux événements, ce serait les accepter et décider de faire avec. Pourtant, il n’est pas certain que ce soit ainsi que ses utilisateurs improvisés la considèrent. En effet, l’expression « c’est la vie » est avant tout pour eux une expression française. Et finalement, ce n’est même plus le sens qui en fait le romantisme, mais la langue elle-même, son intonation, ses sons, ses trois syllabes faciles à enchainer. « C’est la vie », notamment avec le mot "vie", devient une façon de considérer la vie elle-même, à la française, donc romantique. L’expression perd donc son sens premier et devient : "la vie romantique française".

 







 Voulez-vous coucher avec moi ce soir ?

Pour a seconde expression, il est certain qu’il faut retravailler un peu la perception du romantisme. En effet, la seconde phrase la plus connue par les non-francophones est : « Voulez-vous coucher avec moi ce soir ? »

Par sa complexité, celle-ci contraste tout à fat avec la première. Il est rare de l’entendre émise d’un seul jet, sans la moindre hésitation par ces non-francophones.

Cette expression est connue et rendue populaire par la chanson de Patti LaBelle, sortie en 1975. Elle a souvent été reprise depuis, notamment pour la BO du film Moulin Rouge (Baz Luhrmann, 2001, avec Nicole Kidman) (il est question du Moulin Rouge dans la chanson). On la retrouve ainsi interprétée par Christina Aguilera, Lil Kim, Mya et Pink. Il est intéressant de noter que cette phrase a toujours été interprétée par des femmes.

Alors, expression romantique ? Il est certain qu’en apparence ce l’est beaucoup moins que « c’est la vie ». Cette phrase sera d'ailleurs plutôt utilisée par les non-francophones masculins à destination des francophones féminins (parce qu’il faut bien trouver un contexte d’utilisation, et quel merveilleux prétexte pour un touriste de débuter une conversation avec une inconnue dont il ne connait pas la langue !).

Pourtant, le thème reste celui de l’amour et de la liberté, et évoque le Moulin Rouge, une des facettes les plus connue de Paris, la capitale du romantisme. Parce que la France, c’est cela aussi : l’amour libéré. Ce qui frappe certains étrangers, c’est la liberté que l’on rencontre en France en ce qui concerne l’amour. On trouve partout des amoureux qui s’embrassent, sans aucune gêne et devant tout le monde. Pensez à nos bancs publics, chantés par Brassens. Qui s’en offusque encore ?

La France est un pays où l’égalité homme-femme est en voie de s’accomplir. Le fait que ce soit une femme qui chante cette phrase n’est ainsi pas anodin non plus. Il montre la liberté des femmes et le fait qu’elles ne seront pas systématiquement choquées d’entendre une telle chose (le contexte y fera beaucoup). On peut tout dire sur l’amour, tout entendre. Et finalement, le romantisme (si difficile à définir), pour beaucoup c’est simplement un autre mot pour l’amour.

Alors finalement, même sous cette expression assez directe, on retrouve la thématique du français, la langue de l’amour libéré et du romantisme.

 

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 Voir aussi :
Le romantisme des Français 
images de France




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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 16:45

Tous les parents éprouvent une inquiétude profonde vis-à-vis de leurs enfants lorsqu'approchent les grandes vacances (les bien-nommées vacances d'été). En effet, deux mois de vacances, c'est long, et il n'en faudrait sans doute pas tant pour voir disparaître des mois de travail acharné sous le soleil de la plage et au milieu des châteaux de sable.

Heureusement, il existe un remède miracle : les cahiers de devoir de vacances. Ces cahiers, très bien faits par ailleurs, sont des recueils d'exercices reprenant tout le programme de l'année. Orientés autour d'un texte, ils permettent de  tout revoir en un temps réduit, et souvent même de façon un peu ludique. Il en existe pour toutes les matières, selon les difficultés de l'enfant. Bref, il s'agit d'un vrai cauchemar pour tous ces bambins qui ne rêvent précisément que d'une chose : tout oublier de l'école et s'amuser.

Il faut bien le dire, ce n'est pas si facile de se poser à une table et de travailler alors que dehors l'on entend ses camarades rire, courir, crier, plonger dans la piscine et j'en passe et des meilleurs... Surtout qu'avec le soleil qu'il fait dehors, il est difficile de rester en place, avec la transpiration, le pantalon qui colle, et l'obscurité à l'intérieur. Sans parler des exercices à faire qui forcément ne parlent que des vacances à la mer ou à la montagne. N'est-il pas cruel d'enfermer ces enfants ainsi?


Mais il y a pire (et c'est du vécu). Voilà qu'arrive une grande tante, institutrice, pour vous aider dans ce travail si pénible. Non seulement vous devez maintenant le faire, mais en plus il n'y a plus le droit à l'erreur, ou vous devrez écouter avec respect les explications fastidieuses de cette professionnelle de l'enseignement, dont c'est même une passion! Croyez bien qu'aussi intéressantes soient ces explications, avec ces cris dans la cour, le reflet du soleil contre les carreaux et l'appel continu d'un ciel sans nuage, rien n'y fera, aucun enfant n'y comprendra rien...

L'on a beau vous promettre que cela ne durera pas plus d'une heure, surtout si vous vous concentrez bien et que vous êtes efficace, le temps s'arrête soudain. Pire, il vous hante dans vos moments de détente, eux soudain si éphémères! Voilà que chaque jour vous redoutez ce moment fatidique ou une voix féminine (votre mère, puisque la grande tante n'osera pas, elle, assise à côté de votre cahier sur la grande table) vous appellera pour venir travailler. Et finalement vous aurez cette impression d'avoir passé l'été à travailler, sans vous souvenir sur quoi exactement. Cruel destin...

Mais bon, soulagez-vous, cela aurait encore pu être pire. D'abord, chez vous, il fait beau. Tout le monde n'a pas cette chance (pensez à ces pauvres vacanciers coincés dans les montagnes sous un déluge permanent, et surtout à ces enfants qui n'ont plus d'autre choix que de faire leur cahier).

Pensez ensuite à ceux qui n'ont pas de vacances (et oui, il y a des gens qui travaillent tout le temps).

Pensez à ces familles riches qui n'ont pas de grande tante institutrice, mais qui peuvent payer des cours particuliers dans toutes les matières.

Pensez enfin à ces cultures ou le travail est si essentiel, que les enfants auraient mauvaise conscience de ne pas travailler. Autrement dit, ils ont des vacances, mais elles ne servent qu'à prendre de l'avance sur le programme suivant (pendant que vous on vous oblige à laborieusement rattraper le programme de l'année précédente qui vous a complètement échappé (toujours pas de mauvais conscience? - ça ne me surprend pas)). En en plus, ils le veulent...

Vous voyez, vous n'êtes pas seul. Peut-être cela vous donnera-t-il un peu plus de courage à traverser ces moments difficiles, et si importants pour vos parents. Ils ont besoin de croire en vos capacités. Cessez donc de regarder par la fenêtre vos camarades qui n'ont pas à travailler, et regardez plus loin ceux qui comme vous veulent réussir à l'école. A moins que cela encore ne vous laisse songeur...

Bref, les élèves Français ne sont pas si malheureux. et puis de toute façon, un cahier de devoir de vacances, je n'ai pas vu grand monde en finir un... A croire que les enfants ont toujours le dernier mot.



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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 16:08

En France, lorsque l’on a un rendez-vous (comprenez bien, n’importe quelle sorte de rendez-vous, RDV en abrégé), il va de soi que tout le monde sera en retard. Généralement, l’heure du rendez-vous est même prise en fonction de ce détail. Et quand en plus, il est suggéré que l’heure est fixée plus tôt pour permettre à tout le monde d’être là à l’heure, il est immanquable que certains se baseront sur l’heure réelle du rendez-vous (non avancée pour raison culturelle) et arriveront donc d’autant plus en retard, comme il se doit. Il faut admettre que signaler que l’heure du rendez-vous est avancée pour motiver pour arriver à l’heure manque de tact. Cela revient en fait à autoriser les invités à être en retard.

 

Cette période de retard a été baptisée par les plus optimistes le "quart d’heure français". Il s’agit de la période programmée de retard de chaque Français à un rendez-vous. A moins qu’il ne s’agisse de la limite de patience des enquêteurs qui ont voulu nommer ce phénomène.

 

Bon, dire que tous les Français sont toujours en retard, c’est un peu exagéré, il faut l’admettre. Certaines circonstances imposent d’être ponctuel : un travail important, un amour passionné (rendez-vous galant), bref, tout aspect de la vie courante qui impose une certaine rigueur, voire une certaine obsession pour arriver à certaines fins (pour séduire une belle, autant ne pas trop la faire attendre). Et il ne faut pas oublier les obsessionnels à temps plein, il y en a partout, et beaucoup plus qu’on pourrait le croire.

 

Mais pourtant, même dans des situations qui devraient l’imposer, beaucoup de Français arriveront en retard ! Et ils auront toujours une bonne excuse : grève de la SNCF (la compagnie des trains), de la RATP ou du service local de transport en commun, grève de ceci, de cela, etc. (ce n’est pas pour critiquer ces grèves, la plupart étant justifiées, et ne m’étant pas penché sur la question pour les autres ; mais bon, ça n’aide pas pour être à l’heure).  Il y a également, la voiture en panne, les bouchons, les maladies, les problèmes de réveil (l’appareil), etc. Quoi qu’il en soit, la ponctualité n’est pas la première vertu des Français, et les raisons semblent ne pas manquer.

 

Il y a certainement quelque chose de culturel là-dedans aussi.

Il faut bien admettre qu’en France, il peut être impoli d’arriver en avance chez les gens. Avec ce retard légendaire des Français, arriver en avance risque immanquablement de mettre dans l’embarras l’hôte, affairé dans sa cuisine, voire sous la douche ou en pyjama. Et arriver à l’heure ne serait pas mieux si l’hôte est encore en retard, autant le laisser finir de se préparer. Du coup, le mieux c’est d’être en retard !

 

C’est ainsi que les Français arrivent par principe en retard à un rendez-vous entre amis ! Par contre, ils seront plus stricts et arriveront de façon plus ponctuelle à un rendez-vous qu'ils jugeront important pour eux : professionnel par exemple (entretien d'embauche, organisation d'une activité, participation ou enseignement d'un cours (quoique)). Ce qui ne sera plus le cas une fois que leur carrière ou leur vie ne sera plus en jeu. Pourquoi arriver à l'heure à une réunion alors que tout le monde sera de toute façon en retard et que la réunion commencera donc en retard (intériorisation du principe du quart d'heure français)?

Mais les priorités dans le monde ne sont pas toujours comme celles des Français, croyez-moi ! Dans certains pays, on respectera beaucoup plus les amis que les rendez-vous officiels ! Des étudiants ou des lycéens, arriveront beaucoup plus facilement en retard dans un cours (même si le professeur est strict) qu’à un rendez-vous entre amis ! Et les incompréhensions culturelles seront alors faciles, entre un Français qui a fait exprès d’être bien en retard, et des autochtones qui ont mis un point d’honneur à être à l’heure, il sera facile de voir émerger du ressentiment ! Il sera alors judicieux d’expliquer ces différences culturelles, et même de les anticiper !

 

Alors pourquoi les Anglais nous ont-ils pris ce mot (le "rendez-vous")? Et dans son sens le plus restreint en plus : celui de rendez-vous galant ? Avec une heure de rendez-vous jamais respectée, ce n’est certainement pas pour ce qu’il implique en français. A la rigueur, on pourrait y voir un passé glorieux de ces Français aujourd’hui déchu, ou bien l’image persistante d’un romantisme supposé de la langue et parfois de ses locuteurs.








 Lire aussi :
Le romantisme des Français
Promenade sur les trottoirs
Pléonasmes
la sonnette : un objet inutile





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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 08:52

Les Français aiment les animaux de compagnie. Mais il faut bien dire qu’ils n’aiment pas s’en occuper. En tout cas, pas jusqu’au bout. Il faut les comprendre, ça produit des excréments, et ça pue.

 

En fait, le problème de ces animaux, c’est qu’au départ c’est particulièrement séduisant. Extrêmement mignon quand on le découvre pour la première fois, cela ressemble à  un bel objet, et comme tout ce qui est beau, on le veut. Mais le bébé devient vite adulte. On s’en lasse, comme de tout objet, et en plus il faut l’entretenir : nourriture quotidienne, promenades incessantes, déjections, etc. La fidélité et la gentillesse de l’animal ne font pas toujours le poids. Dès l’arrivée des vacances, les Français sont tentés d’abandonner leur animal le long d’une route de campagne.

 

On ne peut pas dire non plus que le chien soit un parfait animal d’intérieur : la promenade quotidienne est indispensable pour ce compagnon sportif ! Bien sûr, son maître, français, l’aime beaucoup et apprécie de se plier à ses exigences. Enfin, à une près. Si la plupart des Français vous diront qu’ils ramassent toujours les déjections de leurs animaux de compagnie dans la rue, la constatation est là. Nos trottoirs hexagonaux en sont couverts.

 

L’abandon est une chose, pas encore systématique heureusement, mais l’entretien approximatif en est une autre. De toute façon, en ce qui concerne l’entretien, les Français ne sont pas une référence. Sauf peut-être négativement. Les Français sont parmi les derniers en Europe à avoir adopté le tri des déchets. Et même encore aujourd’hui, la démarche est loin d’être systématique. Ils ont une certaine tendance à rejeter l’effort qui n’implique pas un gain immédiat. Fainéantise ? Pas forcément. Peut-être seulement un certain dégoût à se salir les mains pour ce qui ne le gène pas directement. Evidemment, chez lui, il ne serait pas question de voir son animal préféré se délester des restes non digérés de son dernier repas. Mais dehors, ça ne le regarde pas. Le Français ne s’occupe que de son intérêt propre. Ce qui se passe dans la rue ne l’intéresse pas, ça ne le gêne pas directement. Tant pis pour les autres. Les gens n’ont qu’à faire attention où ils mettent les pieds.

 

Alors se salir les mains pour ramasser des crottes : le moins possible, à moins d’y être obligé et que son intérêt personnel soit engagé : honte, sanction, confort, etc. Et comme rien a priori ne saurait l’y contraindre dans ce sens, il ne faut pas s’attendre au miracle.

 

Et la responsabilité serait difficilement attribuable aux municipalités : multiplication des espaces canins, incitation au ramassage systématiques des excréments, et parfois même, mise en place des patrouilles de nettoyages. On ne voit pas comment faire plus, sinon de durcir la loi et de punir sévèrement et systématiquement les contrevenants.

 

Car finalement, la responsabilité de ces méfaits ne peut être imputée qu’à une seule personne : le maître négligent. C’est lui et lui seul qui a le devoir de s’occuper de son chien et des problèmes qu’il peut engendrer sur la voie publique. Il en est responsable.

 

Mais finalement, cet état de fait nous en apprend beaucoup sur la mentalité des Français. Les Français ne considèrent pas le territoire français comme le leur. Chez eux, c’est leur maison, leur jardin. En dehors, l’espace public, ce n’est pas chez eux. Ce n’est pas à eux de s’en occuper, et ce n’est pas grave si c’est sale.

 

Certes, on pourrait considérer cela comme une forme d’ouverture aux autres, un espace que l’on laisse à d’autres. Mais non en fait, car les Français ne s’intéressent que peu aux autres. En fait, ils ne s’y intéressent que dans la mesure où cela leur apporte quelque chose, à commencer par une identité. Et ils ne rendront rien à cette communauté à laquelle ils prétendront appartenir. Du coup, il ne s’agit pas d’un espace d’ouverture, mais plutôt d’abandon. On laisse cela aux autres, ou à personne. Les Français restent dans leur individualisme et ne se soucient que de leur personne et de leurs intérêts : peu importe que je gêne les autres, tant que cela ne me gêne pas moi.

Il n’y a que la contrainte, à commencer par celle de la communauté, qui pourrait avoir un moyen de pression sur cet individualisme forcené.

 

Les Français habitent cependant un espace privilégié : la France. Et ils le savent. Ils sont bien là pour affirmer leur fierté d'être Français et d'habiter ce beau pays, "le plus beau pays du monde!". Le fait qu’autant de touristes y viennent chaque année en témoigne. Mais que penser de ce pays quasi à l’abandon ? (heureusement qu’y existent des collectivités et des associations pour prendre le relais de la négligence de chacun).

 

Les cartes postales, où que l’on aille, donnent toujours une vision "mystifiée" des lieux touristiques : embellissement, sites sous leur meilleur jour, et de loin. Lorsque l’on s’en rapproche, c’est la vérité qui frappe. Trottoirs dégoutants, écœurants, désinvolture et froideur des habitants. Il y a largement de quoi annihiler les rêves et les illusions des plus fervents admirateurs de notre pays.

 

La France est un pays sale, me disent mes amis à chaque fois qu’ils posent le pied sur le territoire. Ils n’avaient qu’un seul mot en tête avant de venir : "romantisme", " romantisme", "romantisme". Il est certain qu’en traversant la capitale le nez en l’air à admirer les plus beaux monuments, les désillusions arrivent au premier faux pas dans une déjection canine, une merde de chien quoi. Les voilà tête baissée, à surveiller leur moindre pas, le nez dans la merde, la poussière, les mégots de cigarette et les canettes de bière. Rien de tel pour gâcher des rêves.

 

Alors saluons la démarche de ces étrangers, au nom d’un rêve qui nous est si lointain et incompréhensible. Car en effet, des japonais (l’ONG Greenbird) ont pris l’initiative de nettoyer les rues de la capitale, aux environs des sites touristiques. Des bénévoles, non citoyens de la république française, ont décidé d’aller de l’avant et d’embellir les rues de Paris, en complément, bien sûr, des activités régulières des employés municipaux.  Il existe encore des gens qui croient à la beauté des sites publics, du passé, de l’architecture française. Redonner un peu de rêve aux gens, y croire encore, alors même que les habitants ont tout abandonné. Une leçon qui va au-delà du civisme. Voilà une activité dont seraient fiers les grands bâtisseurs de ces monuments, nos ancêtres. Sauver un espace, un environnement qui a encore de la valeur pour quelqu’un, et dont les Français feraient bien de s’inspirer.



chien


 Lire aussi :
Le romantisme des Français
La douche
Les Français et le voyage
le quart d'heure français



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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 08:42

La répétition d’information agace parfois les défenseurs de la langue française. En effet, à quoi bon répéter plusieurs fois la même information dans la même phrase ?

« monter en haut », « descendre en bas »

 

Les Français n’aiment pas le pléonasme ? N’en soyez pas si sûrs…

Pour commencer, le fait que ces expressions soient régulièrement utilisées par les utilisateurs de la langue, les francophones, n’est assurément pas une coïncidence. Certes, l’idée de " monter" nécessite que ce soit vers le haut. De même pour "descendre", vers le bas. Et il est toujours possible d’introduire un complément circonstanciel de lieu. Grammaticalement donc, la construction ne pose pas de problème. C’est plutôt un sentiment d’inutilité qui s’impose, qui peut même pousser à se moquer de l’émetteur de cette phrase malheureuse.

 

Mais bon, les Français recommencent et signent. Le pléonasme est si bien inscrit dans la langue française que certains mots du français sont des pléonasmes ! En effet, un mot tel que "aujourd’hui" est originairement un pléonasme !!! "hui" signifie à l’origine "ce jour" ! Autrefois, l’on ne disait donc pas "aujourd’hui", mais "hui". Et pour bien insister sur le fait que c’était aujourd’hui, nos ancêtres ont commencé à dire : « au jour d’hui », quelque chose donc comme "au jour de ce jour", une répétition d’information inutile. Mais le mot est resté, et nous disons maintenant ce pléonasme tous les jours : « aujourd’hui ».

Sauf qu’aujourd’hui prend de nos jours le sens de "hui". Et comme nos ancêtres, nous sommes tentés de bien insister sur le fait que l’action se passe bien aujourd’hui. Et ainsi, comme nos ancêtres, il nous arrive de redoubler l’information, de recréer le pléonasme, et de dire : « au jour d’aujourd’hui ». Sauf que cela n’est plus un pléonasme, mais un double pléonasme ! L’information est triple ! Alors, les Français n’aiment pas les pléonasmes ?

 

L’idée du pléonasme est qu’il est inutile de rajouter une information a priori évidente. On en souligne le ridicule. Mais pourquoi les Français s’obstinent-ils alors ?

Observez la phrase : « Elles sont grandes ». La phrase comporte trois mots, seulement trois. Et bien pourtant, à l’écrit, une information est répétée trois fois, à l’orale une autre information deux fois.

A l’écrit nous observons le "s" à "elles" et à "grandes", et "sont" lui-même indique le pluriel. Nous avons donc une information du pluriel indiquée trois fois. N’est-ce pas inutile ? De même, pour le féminin, nous avons le pronom "elles" et le "e" de "grandes" que l’on peut entendre à l’oral. Ainsi, le fait que la personne soit une femme est indiqué par deux informations, audibles. En français, les informations sont donc redondantes, et à chaque phrase.

Alors, pourquoi ce qui n’est pas apprécié pour le pléonasme est obligatoire le reste du temps ? Car en effet, ne pas l’indiquer serait une erreur grammaticale !

 

Et oui, le français est construit ainsi, par une répétition d’informations inutiles. Les informations sont continuellement redondantes. Et personne n’en critiquera l’inutilité !

 

Alors finalement, il est assez logique que les Français apprécient les pléonasmes, et en fassent souvent. On ne saurait les blâmer. La langue est ainsi faite, leur esprit est ainsi construit. Il est toujours possible d’éviter les pléonasmes sémantiques, mais s’en moquer sous prétexte que c’est inutile n’a pas beaucoup de sens. Autant se moquer de la langue française.

 




 Lire aussi :
Le romantisme des Français
Les Français et le voyage


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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 09:57

Voilà un bien curieux nom pour une réunion. Mais l’histoire de cette expression ne remonte pas à bien loin dans nos mémoires.

Tout commence en 1945 aux Etats-Unis avec Earl Tupper qui fonde sa société Tupperware. En 1961 la société arrive en France. Porté par la mode du plastique, cette nouvelle matière, alors très populaire, est utilisée pour tout. Pratique et solide, le plastique montre de véritables qualités. Et comme cela se passe toujours avec ces grandes trouvailles, on l’utilise partout, on imagine de nouvelles utilisations et on l’utilise plus que de raison.

Pour ce qui concerne nos fameux ustensiles, les Tupperwares sont pour l’essentiel des ustensiles de cuisine, des boites hermétiques utilisées pour la conservation des aliments. Ingénieux et pratiques, ces produits s’adressent alors aux ménagères, soumises qu’elles étaient encore à toutes les tâches de la maison.

 

Alors non, je vous vois venir, la réunion Tupperware n’est pas une réunion dans une boîte en plastique, hermétiquement fermée. Ce ne serait de toute façon pas assez grand pour y mettre deux personnes, attendu que pour une réunion, c’est mieux de ne pas être seul, et puis se poseraient tous les problèmes de sécurité. En effet, comme tout le monde le sait, et c’est ce qui fait aussi son intérêt au niveau de la conservation des aliments, l’air ne passe pas à travers le plastique. Ses occupants risqueraient bien de mourir asphyxiés. Et ne testez pas tout seul, c’est pareil pour une personne seule (et de toute façon, je vous le répète, vous n’y tiendrez pas).

 

Ce n’est  pas non plus une collection de boites en plastique. Qu’il y ait des fans de cet ustensile de cuisine est plus que probable, pour autant, ce n’est pas pour cela que nous allons appeler l’accumulation de ces boites une "réunion". Je vous vois bien imaginer ces boites préparer la révolution du plastique, et bien non, ce n’est pas ça non plus. Notez que dans ce cas-là, nous n’appellerions pas cela une "réunion Tupperware", mais une "réunion de Tupperwares".

 

Alors non, en fait, la réunion Tupperware provient d’une astuce commerciale tout aussi habile que l’invention du dit objet. En effet, les commerciaux ont eu l’idée de réunir les femmes d’un même quartier pour discuter du produit, pour en vanter les qualités et passer leurs commandes. D’une idée qui devait leur gagner du temps ( ?), il en est resté le bon coup commercial. Car en effet, imaginez toutes les voisines du mêmes quartier se réunir autour d’un café (ou thé) pour parler d’un produit commercial, évidemment, elles ne devaient pas en parler bien longtemps. Imaginez toutes ces voisines réunies ainsi, ça devait papoter, papoter, papoter… pendant des heures. Les réunions Tupperware étaient un prétexte pour se réunir entre voisine et discuter des derniers commérages du quartier.

 

Rendre la réunion agréable était évidemment un aspect essentiel de ce coup commercial. Cela a été réussi au point d’en créer une nouvelle expression en français, le rêve de tout publicitaire. Les réunions Tupperware sont restées des exemples de réunions où l’on discute interminablement de tout et de rien, des ragots, du temps, et encore des ragots, comme ces ménagères qui se réunissaient entre voisines il n’y a pas si longtemps.



 Lire aussi :
Pause café
La huche à pain
petit-déjeuner (thé ou café?)


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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 12:57

Si le pain est un objet sacré, l’endroit où on le range est un temple. Pourtant, la huche à pain est surtout un meuble fonctionnel : haut, étroit, souvent en bois, peu aéré pour empêcher que le pain s’assèche trop. On trouve au fond un petit tiroir pour en extraire les miettes tombées. Il est généralement accompagné du sac à pain que l’on place à l’intérieur, complément indispensable pour ne pas que le pain durcisse trop vite. La huche à pain est le meuble indispensable aux mangeurs de baguettes que sont les Français. Il ne prend pas de place, se loge facilement dans un coin.


Le stockage du pain est en effet un souci pour les Français. Il faut dire que la forme allongée du pain en fait un aliment difficile à stocker. Pas pratique sur des étagères ou dans un placard. Il faudrait un meuble soit profond, soit allongé, mais qui prendrait alors beaucoup de place. On peut toujours le mettre dans un sac suspendu, mais au final, rien n’est aussi efficace et pratique que la huche. Elle se pose dans un coin, rigide, et ne bouge pas. Idéal.


La conservation du pain est un autre souci pour les Français. Le pain est en effet un aliment qui se conserve peu de temps. Délicieux frais, il perd de sa texture et de son moelleux chaque heure qui passe pour finir soit dur comme une pierre, soit totalement mou s’il a été conservé dans un sac imperméable. Dans tous les cas, en deux jours à peu prés, il n’est plus l’aliment préféré des Français. Il est toujours préférable de n’acheter de pain que ce qui est nécessaire. Mais pour les restes, il faut les conserver.


Parce que lorsqu’il ne lui plaît plus, le Français est prêt à jeter son pain, à moins qu’il ne le garde pour son chien ou ses poules. Il existe un appareil qui peut sauver les derniers morceaux : le grille-pain. Une tranche posée quelques secondes dans l’appareil retrouve un peu de fraicheur, de croustillant. Rien à voir avec le pain frais, mais le pain grillé avec une mince couche de beurre garde une saveur irrésistible. Et pour accompagner le chocolat, le thé ou le café le matin, c'est simplement exquis.


Enfin bref, vous comprenez sans doute maintenant pourquoi ce meuble est si petit. En effet, difficile d’y mettre plus de 3 ou 4 pains. C’est que les familles où l’on mange plus de 3 pains par jour sont rares. Le nombre de personnes par famille tend à diminuer, ce qui explique sans doute aussi pourquoi le vieux pain de 4 a disparu. Le pain d’aujourd’hui qui fait pâle figure en comparaison à cet ancien colosse ne fait que 400 grammes et tend à être remplacé lui aussi par la maigrichonne baguette de 250 grammes. Le Français moderne mange moins de pain que ses aïeux. Il faut dire qu’il travaille aussi moins dur…

(Vous devez vous demander pourquoi on appelle le pain de 400 grammes un pain de deux! Et bien en fait, un pain de deux signifie un pain de deux livres. Il est clair que le compte n'y est pas. Une livre fait en effet 500 grammes. Un pain de deux livres devrait donc faire un kilogramme. Le pain de quatre, lui, en faisait deux! (kilogrammes). Ces ancêtres de nos pains actuels avaient donc un tour de taille qui ferait pâlir de honte nos pains actuels. La taille des pains s'est modifiée avec les habitudes alimentaires, et s'est donc réduite en conséquence. Et oui, nous mangeons nettement moins de pain que nos ancêtres, ce qui ne veut pas dire que nous mangeons plus équilibré, seulement que nous faisons moins de sport...)

 

 

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 Lire aussi
Le sandwich
petit-déjeuner (thé ou café?)
Pause café
Le sens du pain
Le beurre




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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 12:31

Vous avez déjà certainement remarqué que lorsque deux motards se croisent sur la route, ils se font un petit signe de la main. Cela n’a pas manqué de faire rire certains de mes amis étrangers, mais je dois bien dire que pour une fois, je me suis fait le défenseur de cette tradition.

 

Evidemment, l’on peut être surpris de la démarche, surtout dans les pays asiatiques où les scooters sont si nombreux qu’ils en provoquent des bouchons. Et pas des petits. Alors forcément, s’imaginer cette masse de deux roues se croiser et se faire un signe, ça peut faire sourire. Cela peut faire d’autant plus rire que dans ces pays, par expérience, j’ai pu remarquer qu’on est loin de la camaraderie entre conducteurs de deux roues, mais que l’on est plutôt dans une forme de compétition, réglée par la loi du plus fort. Saluez quelqu’un, il vous arrachera le bras, sans le faire exprès puisqu’il ne vous avait même pas vu.

 

Il est bien évident que si tous les automobilistes français se saluaient quand il s se croisaient, ils n’auraient plus beaucoup les mains sur le volant. En clair, la démarche n’a de sens que si les usagers de ce mode de transport ne sont pas trop nombreux. En tant que motard (je l’avoue, cet article peut manquer d’objectivité), il me semble avoir remarqué une certaine augmentation de ce mode de locomotion, et une diminution proportionnelle de cette tradition fraternelle.

 

Car finalement, quel est le sens de ce salut des motards. Après tout, ils ne se connaissent pas, ne se sont jamais rencontrés et ne se reverront sans doute jamais. Et de toute façon, ils ne se reconnaitraient pas, cachés sous leur casque qu’ils sont. Sans compter que quand il fait froid, certains portent même leur fameuse cagoule en soie, rendue célèbre par d’autres usagers, mais des banques. Ces motards sont de parfaits inconnus les uns pour les autres, mais ils se saluent. Un petit geste qui ne coute rien mais qui apporte tant.

 

Alors oui, il me semble que cette pratique garde de grandes vertus. La personne que vous saluez pourrait être le pire des connards, un type que vous ne pourriez pas apprécier comme il y en a tant, vous le saluez. Vous faites ainsi partie de la même communauté, la communauté des motards. Vous partagez quelque chose ensemble : la moto, et surtout, la route. Vous êtes ensemble sur la route, dans la même communauté, et vous êtes camarades, voire même amis, prêts à vous entraider. Car après cela en effet, si un motard a un problème sur la route, il peut compter sur toute la communauté des motards pour l’aider.

 

Derrière un simple signe se cache donc un symbole, un état d’esprit. Ce signe qui s’impose au motard lorsqu’il débute sa conduite engendre en lui l’esprit de la communauté. Il le lui impose. Le motard, derrière ce nom barbare devient un individu qui pense aux autres, les siens, sa communauté. Dans une société où les repères se perdent parfois, la communauté des motards subsiste.  Et les motards sont des usagers de la route qui coopèrent, qui conduisent ensemble et non les uns contre les autres.

 

Parce qu’en matière de bonne attitude sur la route, il faut bien dire que les automobilistes ne sont pas des modèles. Ils ont beau critiquer le comportement des motards, souvent imprévisibles, rapides et qui se faufilent partout, ils sont bien les premiers à ne faire attention à rien et à renverser le premier cycliste qui passe par là. Une main sur le volant, voire aucune, l’autre sur le téléphone portable ou sur le sandwich, l’automobiliste se croit tout permis, en sécurité dans sa boite métallique (ou en plastique). Stressé, il est le premier à crier sur celui qui le précède et à enfreindre la moindre règle de sécurité (dépassement sur la ligne blanche, distance de sécurité, etc.). Les automobilistes ne coopèrent pas, ils luttent pour s’imposer, et les motards, comme les autres, ils les considèrent comme des ennemis.

 

Alors, dans ce contexte de guerre, quoi de plus agréable que de se faire saluer par son prochain, de ne pas se sentir agresser par l’autre et de partager quelque chose ensemble. Le motard salue, mais il sait aussi remercier les automobilistes sympathiques qui les ont vus arriver dans leur rétroviseur et qui les laissent passer. Lorsqu'en effet vous voyez un motard lever la jambe devant vous, il n'est pas en train de se détendre la jambe à cause d'une crampe (quoique...), ni même en train d'essayer de pousser votre voiture avec 1 minute de retard, non, il vous remercie d'avoir gentiment accepté de le laisser passer devant vous (plus petit, le motard apprécie de pouvoir se faufiler entre les voitures pour gagner du temps). Voilà une attitude courtoise qui mériterait d’être imitée.

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Un peu de fraternité dans ce monde de brutes.


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